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Les psychologues parlent de FOMO (the Fear Of Missing Out). En français, on pourrait traduire cela par « peur de passer à côté ». Mais cette traduction me semble incomplète. Car bien souvent, ce que nous craignons réellement c'est de manquer notre propre vie…
- Le concept -
Au milieu des années 1990, le chercheur et stratège marketing Dan Herman fut l'un des premiers à s'intéresser à ce comportement, et a publié un article en 2000, dans The Journal of Brand Management. Selon lui ce concept a évolué et a gagné en prévalence avec l'utilisation du téléphone portable, et des SMS/TEXTO, et ensuite avec l'explosion des médias sociaux.
Toutefois, bien avant qu’Internet ne soit aussi ancré dans nos vies qu’aujourd’hui, un phénomène similaire existait déjà : « suivre le rythme des Jones » (non, je ne parle pas du film). L'expression désignait cette tendance à comparer sa situation à celle de ses voisins et à chercher à maintenir un niveau de réussite sociale, matérielle ou financière équivalent.
Patrick J. McGinnis a créé le terme FOMO et l'a popularisé en 2004 via un éditorial du journal The Harbus, le magazine de la Harvard Business School intitulé « McGinnis' Two FO’s : Social Theory at HBS ». Dans ce texte, il faisait aussi référence à un autre syndrome psychologique, connexe : la peur d'une meilleure option (FOBO : the Fear of a better option), et décrivait leur rôle dans la vie sociale de l'école. Car, là où le FOMO nous fait regarder ce que nous manquons, le FOBO nous empêche parfois de choisir.
Les réseaux sociaux n'ont donc pas inventé ces mécanismes, mais les ont amplifiés. Jamais dans l'histoire de l'humanité nous n'avons eu un accès aussi direct à la vie des autres.
Le problème est que nous comparons notre quotidien aux moments les plus gratifiants de la vie des autres. Nous voyons leurs réussites (ou du moins l'image qu'ils choisissent de montrer). Nous ne voyons pas les années de travail, les faux départs ou les échecs. Nous ne voyons pas les larmes ni les déceptions. En bref, nous voyons le sommet, mais pas les étapes qui ont mené à l'ascension. Cela donne l'impression que tout le monde est en train de vivre quelque chose d'important, pendant que nous restons immobiles. Pourtant, la réalité est souvent bien différente.
Et dans un monde où les options semblent infinies, certaines personnes finissent par rester immobiles de peur de faire le mauvais choix. Mais ne pas choisir reste également un choix. Et le temps, lui, continue d'avancer, rendant ce cercle insidieux!
- Les faces visibles -
Nous commençons un livre ou une série, mais notre entourage nous fait des recommandations qui sont selon leurs dire « meilleur.e.s ».
Nous jouons à un jeu vidéo, mais les réseaux nous montrent constamment les nouveautés qui viennent de sortir, ou descendent le jeu que nous aimons.
Nous ne sommes plus confrontés à un manque de choix. Nous sommes confrontés à un excès permanent de possibilités.
Nous créons une œuvre. Puis nous tombons sur quelqu'un qui joue mieux, possède un meilleur matériel, a déjà une communauté d'auditeurs.
Petit à petit, l'inspiration peut se transformer en comparaison. Et la comparaison finit parfois par étouffer la création.
Pourtant, chaque créatif doit commencer quelque part. Personne n'est né avec vingt ans d'expérience.
Un collègue obtient une promotion. Une connaissance change d'entreprise. Quelqu'un d'autre lance son activité.
Nous comparons notre réalité à la vitrine soigneusement présentée de celle des autres. La comparaison est donc biaisée dès le départ, parce que nous ignorons généralement le prix de ces succès : Les heures supplémentaires; Les échecs; Les remises en question; Les décisions difficiles.
Une sortie entre amis. Un anniversaire. Une photo publiée sur les réseaux. Et soudain apparaît cette petite sensation désagréable : « Pourquoi n’y étais-je pas? »
Chaque invitation acceptée implique d'en refuser une autre. Chaque soirée passée avec certaines personnes est une soirée qui ne sera pas passée ailleurs.
La réalité est incontournable : Notre temps est limité, alors consacrons-le à nous-mêmes et aux personnes qui comptent vraiment pour nous.
Dois-je acheter ou louer? Dois-je avoir un enfant? Ai-je choisi la bonne carrière? Le bon projet? Le bon chemin?
Nous traversons tous des périodes de transition, de doute ou de reconstruction. Ces questions peuvent devenir particulièrement envahissantes.
C’est à nous de trouver NOTRE équilibre. Parfois, nous avons l'impression que le monde entier continue sa course sans nous, ou que nous faisons fausse route. Pourtant, il s’agit seulement d’une autre forme de progression… souvent invisible, mais toujours essentielle.
- Les faces cachées -
À première vue, cela semble anodin. Mais les plateformes numériques sont conçues pour capter notre attention. Chaque notification, chaque publication et chaque recommandation nous rappelle qu'il se passe quelque chose quelque part. Et surtout que nous risquons de manquer quelque chose d’unique.
Peu à peu, il devient difficile de décrocher. Nous avons l'impression de conserver notre liberté de choix alors que nous sommes constamment sollicités.
Le paradoxe est que nous consultons souvent ces plateformes pour rester connectés aux autres, alors qu'elles peuvent parfois nous éloigner de nous-mêmes. Nous sommes présents partout. Sauf pour nous, et sauf dans l'instant présent.
Malgré un droit à la déconnexion théoriquement reconnu, beaucoup d'entre nous éprouvent des difficultés à se détacher des réseaux sociaux et professionnels. Bien que les utilisateurs soient souvent conscients, à des degrés divers, des risques liés au partage d'informations personnelles dans des environnements façonnés à la fois par la surveillance algorithmique et celle de leurs pairs, l'attrait de rester connecté demeure puissant.
- Un antidote possible -
Quelle alternative au FOMO? Peut-être la JOMO : The Joy Of Missing Out.
La joie d'accepter que nous ne puissions pas tout faire. Que nous ne pouvons pas être partout. Que nous ne pouvons pas tout apprendre. Que nous ne pouvons pas tout vivre.
Et surtout, que nous n'en avons pas besoin.
Chaque fois que nous disons « oui » à quelque chose, nous disons « non » à une infinité d'autres possibilités. Ce n'est pas un échec. C'est simplement ce qui donne une forme à notre vie.
Certaines périodes de notre existence ne sont pas destinées à être spectaculaires. Elles sont destinées à être utiles.
Il existe des moments où nous devons : Ralentir; Apprendre; Guérir; Créer; Reconstruire des fondations invisibles.
Ces périodes génèrent rarement des applaudissements. Elles produisent rarement des photos impressionnantes. Mais elles transforment progressivement une vie.
Les changements importants ne se produisent pas toujours dans les moments extraordinaires. Ils se produisent souvent dans les répétitions silencieuses. Dans les petits gestes quotidiens. Dans les choix que personne ne remarque. Dans les efforts qui n'apparaissent jamais sur les réseaux sociaux.
À un moment, nous ne profitons plus de ce que nous faisons. Nous pensons à tout ce que nous pourrions faire à la place.
Conclusions
Le FOMO nous pousse à regarder constamment ailleurs. À nous demander ce que nous pourrions faire de plus. Ce que nous pourrions avoir. Ce que notre vie devrait être.
À force de fixer l'horizon, nous risquons parfois d'oublier l'endroit où nous nous trouvons.
Peut-être que l’antidote discret au FOMO, serait la JOMO : the Joy Of Missing Out. La joie d'accepter que nous ne puissions pas être partout et tout faire.
Car au fond, une existence ne se mesure pas à toutes les expériences que nous aurions pu vivre. Elle se construit à travers celles que nous choisissons réellement de vivre.
Et que la vraie question n'est pas : « Que suis-je en train de manquer? »
Mais plutôt : « Qu'est-ce que je suis en train de construire? »
Qu'en pensez-vous?